Qu’est ce que le voyage?

Par 15 novembre 2017Voyage et photographie

Vendredi 10 Novembre 2017

« Vous avez pris place à bord du TGV n°7277  à destination de Boulogne ville. Ce train desservira la gare de Lille Europe.  Arrivée prévue à Boulogne ville 20h59. La SNCF et le personnel d’accompagnement vous souhaitent un agréable voyage « .

Un jour plus tôt…

Il y a ceux qui restent imperturbables et ceux qui ne peuvent s’empêcher d’exprimer leur mécontentement.

Nous sommes jeudi matin et comme tous les jeudis matin il y a du monde qui attend sur le quai de la gare. Il fait froid mais les premiers rayons de soleil apparaissent. Si ce train n’était pas en retard, certains se diraient peut être : «la journée va être belle».

Tel un badaud, je me retrouve au milieu de ces gens et j’observe…

Sans le vouloir, j’entends … cette dame paniquée à l’idée de ne pas arriver à l’heure à son entretien d’embauche et cette autre qui semble s’être résignée à l’idée d’arriver une fois de plus en retard au travail. Comme cet homme, grand, élancé, vêtu d’une gabardine beige, coiffé d’un chapeau et tenant à la main son attaché case, je n’ai émis aucune remarque et laissé aucune émotion gagner mon visage à l’annonce du retard. Certainement parce que je n’ai pas d’impératif horaire puisque je pars en voyage…

Je ne me lasse pas d’observer ce quai de gare transformé en scène de théâtre dont les acteurs ne sont autres que des anonymes comme vous et moi. On annonce aux voyageurs que l’embarquement est ouvert, chacun se précipite à la voie 8 et prend place à bord. Je m’installe confortablement voiture 18 place 28 aux côtés d’une jeune fille dont je ne verrais pas la couleur des yeux puisque plongée dans sa lecture elle ne lèvera pas la tête pour répondre à mon bonjour.

Le chef de bord fait son annonce, il présente des excuses pour les 27 minutes de retard occasionnées par un bagage oublié qui a nécessité l’intervention des forces de l’ordre. Eh oui ! la SNCF n’est pas toujours responsable des retards ! Le TGV s’élance, mon voyage commence…

J’entends certain d’entre vous dire : « elle en a de la chance ! ».

J’avoue, j’ai beaucoup de chance.

Vous êtes vous déjà posé ces questions :

Qu’est ce que le voyage ? A partir de quel moment considère t-on un déplacement comme un voyage ?

Parce que pour moi le voyage n’est pas une question de kilomètres ni d’heures de vol ou de décalage horaire, que me rendre à Paris comme je le fais aujourd’hui, c’est partir en voyage.

Eh oui, tout de suite c’est moins exotique… Quoi que…

Du 9 au 13 Novembre se tient porte de Versailles à Paris le salon de la photographie. Les photographes professionnels, amateurs ou passionnés s’y rendent afin de découvrir les dernières technologies en matière de boîtiers, objectifs, papiers pour les impressions… mais c’est aussi l’occasion de découvrir de belles expositions de photographes connus et moins connus. J’avoue y aller dans l’espoir de rencontrer une photographe dont j’apprécie beaucoup le travail. Elle s’appelle Céline Jentzsch. Passionnée de voyage et de photographie elle a remporté le prix du public dans les « Zooms » 2017 (concours au salon de la photo) et j’aimerai pouvoir échanger avec elle sur le reportage qu’elle a réalisé chez les Tsaatans en Mongolie. Il y a également une interview à laquelle je souhaiterai participer, celle de Sebastiao Salgado une figure dans le monde de la photographie.

Que le temps passe vite ! Le train entre déjà en gare du Nord. Il me faut vous laisser…

Dimanche 12 Novembre,

Je suis devant mon ordinateur avec mon thé et un petit carreau de chocolat noir, je m’apprête à partager avec vous quelques moments forts du salon de la photographie. Je ne vais pas vous parler des différents stands Nikon, Canon, Lumix, Sony, Pentax, ni des nouveautées techniques, des drônes, des hybrides, des appareils instantanés qui révolutionnent le monde de la photo. Non ! Je vais vous parler de cette merveilleuse rencontre… que dis-je de ces merveilleuses rencontres…

 

Jeudi 9 Novembre 16h00

A cet instant, je suis dans la salle des « grandes rencontres, » face à moi, les quatre lauréats des Zooms 2017. Je n’ai d’yeux que pour elle, Céline Jentzsch cette femme blonde, d’une quarantaine d’année qui esquisse un sourire communicatif. Son reportage sur les Tsaatans défile sur les écrans géants disposés dans la salle et Céline raconte…

Elle raconte que c’est à dos de rennes que l’on arrive chez les nomades Tsaatans, elle raconte les étendues immenses enneigées, elle raconte les températures extrêmes qui font partie du quotidien et dont les gardiens de troupeaux  ne se plaignent jamais, elle raconte la nature et ces hommes qui s’adaptent à elle et non l’inverse. Je suis fascinée.

Après une heure d’échange, c’est sous les applaudissements que les lauréats se lèvent. Avant que Céline n’ait le temps de disparaître derrière les rideaux des coulisses, je me dirige vers elle et lui demande si elle accepterait de me dédicacer le livre qu’elle a écrit et publié aux éditions Eyrolles : Les secrets de la photo de voyage. C’est sans hésitation qu’elle accepte et m’invite à la suivre afin que nous puissions nous asseoir et discuter tranquillement. Je lui explique que moi aussi je suis passionnée de voyage et de photographie elle m’encourage à faire vivre ces passions et à apporter mon regard sur le monde.

Je viens de vivre une rencontre inoubliable.Je vous invite à découvrir le travail de cette photographe en visionnant la vidéo ci-dessous.

Il est 15h30 ce vendredi 10 Novembre dans 30 minutes l’interview de Sebastiao Salgado va commencer la salle est pleine à craquer, impossible d’entrer, un grand rideau noir et un vigile font office de barrage. A cet instant comme des dizaines d’autres personnes je ne suis pas dans la salle. Soudainement une dame du service de sécurité sort de derrière ce rideau et s’adresse à nous en nous assurant qu’il est inutile d’attendre, la salle est comble plus personne n’entrera. Beaucoup quitte alors les rangs ce qui me permet de me retrouver à la première place devant ce rideau noir. J’y crois encore et j’ai raison d’y croire parce qu’un monsieur et une dame sortent de la salle en se plaignant qu’il y fait trop chaud et c’est alors que le vigile laisse entrer deux personnes un monsieur et moi. En effet il fait chaud et c’est plein à craquer je m’assoie à même le sol et ne verrai certainement pas grand chose mais peu importe j’y suis.

C’est sous les applaudissements que Salgado prend place face au public l’interview peut commencer.

Une heure pendant laquelle j’écoute attentivement cet homme parler d’exode, de génocide, d’exil politique, de populations qui se font massacrer. C’est pour ça qu’il fait de la photographie pour que les gens prennent conscience et non pour laisser un héritage. C’est un homme de 74ans au caractère bien trempé, captivant, engagé, qui à plusieurs reprises n’hésitera pas à remettre à sa place le rédacteur en chef de Paris Match qui l’interview et tente de l’interrompre. Tout ce qu’il a dit résonne en moi comme autant de vérités, les tonnerres d’applaudissements me sorte de la bulle dans laquelle je me suis plongée quelques secondes pour réfléchir, l’interview est terminée. Des dizaines de personnes se sont groupées autour de Salgado afin d’obtenir une dédicace de ce grand monsieur. C’est sans espoir que je les rejoins .Je passe sur la gauche, il semble y avoir plus de place, je tends mon livre « Sebastiao Salgado 100 photos pour la liberté de la presse ». c’est alors, que le rédacteur en chef de Paris Match prend celui-ci en me lançant un regard complice avant de dire : « ce sera la dernière signature »

Je quitte la salle et je peux vous dire qu’il s’est passé quelque chose pour moi en regardant les photos de Salgado défiler sur les écrans géants: une prise de conscience…

Il est temps de regagner la gare du Nord afin de reprendre le train 7277 à destination de Lille Europe.

Mon voyage se termine.

 

A très vite…

Un commantaire

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